བླ་འགུགས། La Gouk Puja

Invocation de la force vitale

Guru Rinpoche

Le « La » (tib. བླ་ La) est l’âme, l’essence vitale, l’énergie et le principe organisateur de l’esprit de vie, ou l’esprit (dans un sens animiste), communément considéré comme une entité distincte du corps. Il représente nos composantes spirituelles, par contraste avec celles purement physiques. Il est le siège des émotions, des affects et des sentiments, la force en chaque personne qui habilite ou permet à l’individu d’organiser ses affaires.

Pour les bouddhistes tibétains, il s’agit plutôt d’un principe psychique lié à la vitalité de l’homme, la subtile goutte lumineuse de l’esprit de vie (tib. Tiglé) – également appelée Bodhicitta – qui réside habituellement dans le corps humain, se déplaçant chaque jour à différents endroits du corps selon un cycle mensuel.

Selon les enseignements du Kâlachakra, le cycle de déplacement a lieu dans la partie gauche chez l’homme et dans la partie droite chez la femme. 

Au 1er jour du mois lunaire, le La se situe dans la plante des pieds, à gauche ou à droite selon le sexe de l’individu. Au cours de la lunaison, il se déplace sous la forme d’une lettre lumineuse qui se transforme en voyageant à travers le corps jusqu’au retour à sa position initiale. 

Quand l’énergie de l’esprit de vie se rassemble autour d’elle, elle fait de l’endroit où se trouve la goutte le point le plus puissant du corps ce jour-là pour un traitement médical.Toutefois les médecins tibétains expliquent qu’il est très important d’éviter toute blessure, saignée, brûlure (cautérisation) ou opération chirurgicale à l’endroit où se trouve le La. Ce principe vital serait endommagé et la vie de l’homme écourtée, voire détruite. Ils préconisent donc l’observation d’un calendrier mensuel du cycle du La afin que la moindre opération ne présente pas un danger pour la vitalité. 

« La perte d’âme est une maladie spirituelle qui provoque des pathologies émotionnelles et physiques ; elle consiste à la perte de certaines parties cruciales de soi-même (assurant la vie et la vitalité), à l’occasion de différents traumatismes » (1). 

Dans les temps anciens, on attribuait les pertes de ce genre au fait que l’âme avait été effrayée, qu’elle s’était égarée ou faite enlevée par des forces démoniaques (stress post-traumatique). Les pertes d’âme contemporaines résultent des traumatismes de la vie moderne : les abus sexuels, les mauvais traitement physiques, la perte d’un être aimé, les accidents, une maladie grave ou une opération chirurgicale, une fausse couche ou un avortement, le stress ou encore les toxico-dépendances sont autant d’agressions qui peuvent catapulter l’âme hors du corps. Face à ce genre de stress, une part de l’énergie vitale essentielle peut se détacher ou fuir le corps pour ne jamais y revenir ; elle peut aussi être volée et se perdre dans la « réalité non-ordinaire ». 

La psychologie contemporaine admet que des parties du moi peuvent se séparer, laissant l’individu coupé de son moi essentiel. De nombreuses thérapies actuelles reconnaissent que si un traumatisme est trop important, certaines parties du moi vital, doté de sentiments, se détachent pour en amoindrir l’impact. 

La dissociation peut alors devenir un moyen de défense, si « le traumatisme est tel et la peur si terrifiante qu’il y faut un soulagement immédiat » (2). La personne traumatisée s’enfuit littéralement pour survivre à l’épreuve. Si la part qui conserve le souvenir du trauma est partie, l’information devient inaccessible. La psychothérapie ne marche que sur les parties du soi qui sont déjà « à la maison ». 

« La dépression chronique est un signe de perte d’âme : le fait que l’être essentiel d’une personne soit fragmenté l’empêche de se frayer un chemin vers la joie. On consacre alors sa vie à explorer divers chemins, souvent ponctués d’abus afin de connaître des sentiments et de vivre des expérience qui nous redonnent un but, aussi factices soient-ils. Faute de pouvoir suivre la voie de son âme, une telle personne se sent déprimée et insatisfaite.

Après un divorce ou un décès, après la période de deuil, si une personne ne parvient pas à surmonter le traumatisme émotionnel de la séparation, une partie de son moi peut être partie. 

Une maladie physique peut aussi être le symptôme d’une perte d’âme. Souvent, quand on abandonne son pouvoir personnel, on tombe malade. Comme la nature a horreur du vide, s’il nous manque des parties de nous-mêmes, une maladie peut venir combler ce vide. Le coma est un exemple extrême de perte d’âme. 

L’âme peut quitter un enfant qui ne se sent pas aimé ou qui a l’impression d’être abandonné par ses parents, ou pour survivre à des abus sexuels ou physiques. Un enfant maladif, ou sujets à des pathologies chroniques ou aiguës, est souvent l’indice d’une perte d’âme. 

Peu de personnes possèdent tous leurs esprits en eux. Presque tous les gens souffrent à un degré ou a un autre d’un sentiment d’incomplétude ou de vide. Ils sentent bien qu’une partie d’eux-mêmes leur fait défaut et qu’ils sont privés d’une connexion profonde avec la vie. Pour certains, ce sentiment d’incomplétude et d’aliénation est source d’une grande souffrance. Pour la majorité, le sentiment de ne pas être pleinement vivant est une douleur perpétuelle, de faible intensité, généralement masquée par des drogues, des distractions, une sexualité compulsive et des dépendances de divers types.

Nous dépensons tous des quantités énormes d’énergie psychique à rechercher les parties perdues de notre être. Nous le faisons inconsciemment et de diverses manières, que ce soit par les rêves et les rêveries, en expérimentant de nombreux chemins spirituels ou encore en établissant des relations qui servent de miroir aux parties qui nous manquent ; nombre d’entre nous ne se sentent pas complets, entiers, et n’ont pas l’impression d’être totalement là. Rares sont ceux qui vivent aussi pleinement qu’ils le pourraient » (1). S’ensuit un sentiment douloureux d’incomplétude, de déconnexion où l’on ne se sent pas pleinement là, avec l’impression d’être fragmenté.

« La plupart d’entre nous est confrontée à une perte d’âme, à un degré ou à un autre. Certaines personnes semblent avoir été traumatisées plus en profondeur que d’autres ; on dirait qu’elles n’ont plus « tous leurs esprits ». Pour d’autres, la vie s’est montrée plus douce ; elles n’ont pas eu besoin de se protéger autant. Quelle que soit l’intensité du traumatisme subi, la plupart des personnes aspirent à se sentir plus pleinement vivantes et davantage reliées à la vie. Le recouvrement d’âme s’adresse à toute personne qui souhaiter approfondir son lien à elle-même, aux autres et à la terre » (1).

Les rituels de récupération d’âmes perdues sont bien connus des populations tibétaines de la région himalayenne ; La Gouk Puja est un rituel d’invocation de l’esprit de vie utilisé pour « raccrocher » (tib. འགུགས་ (Gouk) les parties égarées, afin de retrouver l’intégrité spirituelle. Lors de cette Puja de nombreux Protecteurs sont invoqués, mais la pratique principale concerne Guru Rinpoche, qui subjuguât de nombreux esprits hostiles. 

Participer à une La Gouk Puja équivaut à une Initiation de Longue Vie d’Amitayus.  

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(1) Sandra Ingerman, « Recouvrer son âme : guérir son moi fragmenté ».

(2) John Bradshaw, « S’affranchir de la honte ».

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བླ་འགུགས། Invocation of vital force

The « La » is the soul, life essence, energy, and organizing principle of the spirit of life, or spirit (in an animistic sense), commonly thought of as an entity distinct from the body. It represents our spiritual components, in contrast to the purely physical ones. It is the seat of emotions, affects and feelings, the force in each person that empowers or allows the individual to organize his affairs.

For Tibetan Buddhists, it is rather a psychic principle linked to the vitality of man, the subtle luminous drop of the spirit of life (tib. Tiglé) – also called Bodhicitta – which usually resides in the body. human, moving to different parts of the body on a monthly cycle every day.
According to the teachings of the Kâlachakra, the cycle of displacement takes place in the left side in men and in the right side in women.
On the 1st day of the lunar month, La is located in the soles of the feet, to the left or to the right depending on the sex of the individual. During the lunation, it moves in the form of a luminous letter that transforms as it travels through the body until it returns to its original position.

When the energy of the spirit of life gathers around it, it makes the place where the gout is located the most powerful point in the body that day for medical treatment.But Tibetan doctors say it is very important to avoid any injury, bleeding, burn (cauterization), or surgery at the location of the La (La Ne). This vital principle would be damaged and man’s life cut short, if not destroyed. They therefore recommend the observation of a monthly calendar of the cycle of La so that the slightest operation does not present a danger to the vitality.

« Soul loss is a spiritual illness that causes emotional and physical pathologies; it consists in the loss of certain crucial parts of oneself (ensuring life and vitality), during various traumas (1).

In ancient times, losses like this were attributed to the soul being scared, lost, or abducted by demonic forces (post-traumatic stress). Contemporary soul losses result from the traumas of modern life: sexual abuse, physical abuse, loss of a loved one, accidents, serious illness or surgery, miscarriage or abortion, stress or drug addiction are all aggressions that can catapult the soul out of the body. In the face of this kind of stress, part of the essential vital energy can become detached or flee from the body and never return; it can also be stolen and get lost in “non-ordinary reality”.

Contemporary psychology admits that parts of the ego can separate, leaving the individual cut off from their essential ego. Many current therapies recognize that if the trauma is too great, parts of the vital, sentimental ego break away, to lessen the impact.

Dissociation can then become a defense, if « the trauma is so terrifying and the fear so terrifying that it requires immediate relief » (John Bradshaw, Freedom from Shame). The traumatized person literally runs away to survive the ordeal. If the part that retains the memory of the trauma is gone, the information becomes inaccessible. Psychotherapy only works on the parts of the self that are already « at home ».

« Chronic depression is a sign of loss of soul: the fact that a person’s essential being is fragmented prevents them from making their way to joy. We then devote our lives to exploring various paths, often punctuated by abuse in order to know feelings and to live experiences that give us a goal, however artificial they may be. Without being able to follow the path of his soul, such a person feels depressed and dissatisfied. After a divorce or death, after the grieving period, if a person cannot get through the emotional trauma of separation, part of their self may be gone. Physical illness can also be a symptom of loss of soul. Often, when you give up your personal power, you get sick. Since nature abhors a vacuum, if we are missing parts of ourselves, disease can fill that void. Coma is an extreme example of loss of soul.The soul can leave a child who does not feel loved or who feels abandoned by his parents, or to survive sexual or physical abuse. A sick child, or prone to chronic or acute pathologies, is often the sign of a loss of soul.

Few people have all of their minds in them. Almost all people suffer to some degree or another from a sense of incompleteness or emptiness. They feel that part of themselves is lacking and that they are deprived of a deep connection with life. For some, this feeling of incompleteness and alienation is a source of great suffering. For the majority, the feeling of not being fully alive is a perpetual, low-intensity pain, usually masked by drugs, distractions, compulsive sex, and addictions of various types.

We all spend enormous amounts of psychic energy searching for the lost parts of our being. We do this unconsciously and in various ways, whether through dreams and daydreams, by experiencing many spiritual paths, or by establishing relationships that mirror the parts that we lack; many of us don’t feel complete, whole, and don’t feel like we’re totally there. Few are living as fully as they could. There follows a painful feeling of incompleteness, of disconnection where one does not fully feel there, with the impression of being fragmented.

Most of us face soul loss to one degree or another. Some people seem to have been more deeply traumatized than others; it looks like they “don’t have all their wits.” For others, life has been sweeter; they didn’t need to protect themselves as much.No matter how intense the trauma has been, most people want to feel more fully alive and more connected to life. Soul Recovery is for anyone who wishes to deepen their connection to themselves, to others and to the earth « (1).

The rituals of recovering lost souls are well known to the Tibetan populations of the Himalayan region; Gouk is a ritual of invoking the spirit of life used to « hang up » (Gouk) lost parts in order to regain spiritual integrity. During this Puja many Protectors are invoked, but the main practice concerns Guru Rinpoche, who subjugated many hostile spirits.

Participating in a La Gouk Puja is equivalent to a Long Life Initiation of Amitayus.

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(1) Sandra Ingerman, Soul retrieval », mending the Fragmented Self).