Les six yogas de Naropa : les pratiques secrètes du bouddhisme tibétain – Tummo

TUMMO – enseignement de Khenpo Tashi Rinpoche – Paris 2017

Avant de s’entrainer au feu de la sagesse intérieure il y a trois samayas, les trois engagements. Il faut s’entrainer aux trois engagements pour se préparer à la pratique de Tummo.
Il y a donc pour ceux qui pratiquent le feu de la chaleur intérieure des samayas à prendre et respecter liés au Corps, à la Parole et à l’Esprit.

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Le Samaya du Corps

Ces engagements correspondant au Corps auxquels il faut rester fidèle durant tout le temps qu’on s’entraine à Tummo, c’est :

  • de ne pas porter de choses lourdes, ne pas forcer le corps, ne pas faire du sport jusqu’à épuisement, ne pas chercher à muscler le corps, ne pas utiliser des appareils de musculation qui nuit au Tiglé, pendant la pratique de Tummo ne pas se laver le corps, que l’eau ne recouvre pas le corps. Ne pas rester sur le soleil chaud, ne pas s’exposer au froid, quand le froid est glacial ne pas rester dehors. Quel que soit la température pendant la pratique de Tummo nous devons porter un type de tissu, ce tissu doit être porté quel que soit le temps, s’il fait très beau, très chaud il ne faut pas s’en débarrasser, ne pas se découvrir, de même s’il fait très froid il ne faut pas rajouter de vêtement.
  • Pour la nourriture, ne pas manger de nourriture avariée, ne pas manger de choses trop acides, ne pas manger de piments. Il y a une raison précise à cela, le piment ouvre les pores de la peau et après l’eau peut sortir. Il ne faut pas manger de nourriture trop pimentée ou trop assaisonnée. Voilà les samayas concernant le corps.

Le Samaya de la Parole.

Il faut garder le souffle c’est ça l’idée, il ne faut pas souffler, par exemple souffler sur une bougie. Il y a des pratiques de guérison où l’on souffle sur le corps du malade, nous soufflons sur la partie malade du patient avec des mantras. Il ne faut pas faire ce type de pratique.

Le Samaya de l’Esprit

Ne pas penser à toutes sortes de choses, garder une certaine sérénité, un certain contentement, être heureux. Si nous ne sommes pas heureux nous pensons à toutes sortes de choses qui vont nous contrarier et évidemment ce ne sera pas bénéfique pour la pratique de Tummo, pour retenir le souffle.
Ce sont les trois Samayas et nous devons nous y entrainer. En quoi consiste la pratique de Tummo, elle consiste à calciner toutes nos pensées discursives, toutes les fabrications mentales qui agitent l’esprit, tout cela doit être brulé, calciné, éliminé par cette pratique, voilà le but.

La définition de Tummo c’est la chaleur félicitée qui s’embrase d’elle-même ça veut dire quoi ?

Il y a un terme tibétain pour dire naturellement : s’auto-enflamme naturellement, la condition physique et subtil dans le corps, nous avons certains aspects dans le corps qui quand la posture est adoptée rentre en action, commence à opérer. Nous avons une forme comme triangulaire à quatre doigts sous le nombril et quand la posture adéquate est adoptée, la chaleur du corps se manifeste naturellement.
Des fois il y a l’idée de méditer Tummo, il y a l’action, il y a quelque chose à faire, il faut visualiser un feu qui part du nombril qui monte dans le canal central, il faut bloquer les souffles, il faut retenir les souffles, les faire descendre, tout un travail qui n’est pas pertinent quand on parle ici de s’auto-enflammé. Le corps à une chaleur naturelle certes, mais quand la posture adéquate est adoptée cette chaleur se manifeste. Nous n’avons qu’à nous poser et rester concentrer en un seul point, lorsqu’on est dans ce recueillement unifocalisé on a besoin de rien d’autre pour que ça s’enflamme, pas besoin de bloquer les souffles, faire descendre les souffles, méditer un feu etc…
Ça s’enflamme naturellement, ça s’auto-enflamme littéralement, c’est ça le résultat dès le début, le fruit escompté et, tant qu’on n’a pas obtenu ce résultat il faut s’entrainer et là il y a des exercices à faire.

Le premier exercice basique c’est la posture,

se positionner correctement par la position en sept points de Vairocana. Ensuite il faut se visualiser en essence vide et sous l’apparence de Dordje Pagmo, Vajravarahi.
Quand nous transmettons ce type d’instruction dans un cadre approprié on s’arrête là et pendant une semaine nous nous entrainons à maintenir la posture en sept points de Vairocana. Au bout d’une semaine on peut maintenir cette posture un certain temps. Ensuite la deuxième phase c’est se visualiser en tant que Dordje Pagmo ça prend six mois, cela veut dire que pendant six mois, on reçoit les instructions et l’on s’entraine à visualiser Dordje Pagmo ça c’est l’aspect du Corps et pour la Parole nous nous engageons à réciter 1 100 000 mantras. Pendant six mois nous nous visualisons sous la forme de Vajravarahi et l’on récite 1 million 100 mille mantras. Après ces six mois nous nous visualisons pendant une semaine comme notre propre enveloppe corporelle, le corps est complètement vide, nous n’avons rien à l’intérieur, pas d’eau, pas de sang, pas d’organes, pas de muscles, pas de cœur, pas de foie, pas de poumons, pas d’estomac, pas de reins rien, vide c’est la méditation sur la vacuité du corps.

C’est un point clé, ensuite nous méditons sur les canaux, il y a différents noms en tibétain et en sanskrit. Le canal central part du sommet de la tête pour arriver à l’endroit secret, le canal est au milieu du corps extrêmement droit, rectiligne, extérieur bleu, intérieur rouge et de la taille de l’épaisseur d’un doigt, de notre annulaire, nous nous imaginons que c’est le diamètre de notre canal central. Nous visualisons le canal central et de part et d’autre nous visualisons le canal de droite et celui de gauche qui part de l’extrémité des narines, passe dans la tête, descend dans la gorge de chaque côté du canal central, lorsqu’il arrive au niveau de l’estomac, il s’écarte un peu, il suit la forme du ventre pour se réunir quatre doigts sous le nombril pour s’unir au canal central, ils font une courbe et touche le canal central quatre doigts sous le nombril et ensuite quand nous nous sommes habitués à visualiser ces différents canaux, à partir de ce corps vide , nous visualisons les roues, chakras en sanskrit, il y a quatre roues du nombril, du cœur, de la gorge et du front, au front entre les sourcils. Le canal central passe par leur centre et elle se déploie, nous pratiquons cette phase une semaine.

Ensuite sur le souffle,

le premier exercice c’est pouvoir retenir son souffle, il faut arriver à retenir son souffle au moins trois minutes. Nous inspirons par le nez, nous le retenons, il faut s’entrainer à le retenir trois minutes, trois minutes c’est le minimum. Avec l’entrainement ceux qui peuvent retenir leur souffle, peuvent le maintenir une heure, deux heures jusqu’à cinq heures. Dilgo Khientse quand il pratiquait le souffle, il prenait deux respirations par jour, deux inspires par jour. Par exemple quand Khempo allait recevoir des lungs, des transmissions orales de long texte, Khempo se plaçait près de Dilgo Khientse, il commençait la transmission et au bout d’une heure Dilgo Khientse reprenait son souffle, il continuait encore une heure il reprenait son souffle il continuait la troisième heure. Il reprenait son souffle une fois par heure quand il lisait les traités. Il s’entrainait beaucoup au souffle. Voilà le résultat qu’on peut escompter.

Ça c’est pour la rétention du vase, déjà il y a différents types de rétention, il faut recevoir les instructions si on essaie juste de retenir le souffle et de faire de l’apnée ça va éclater les canaux, ce ne sera pas bon du tout pour faire la rétention du vase, il faut faire des kilkors, les exercices du souffle. Ensuite une fois qu’on a réussi la rétention du vase pendant au moins trois minutes il y a la méditation proprement dite de Tummo qui consiste en la visualisation de différents éléments, l’activation par la pensée de ce feu. Alors différents éléments c’est quoi ?
Quatre doigts sous le nombril on a cette forme, techniquement c’est la moitié de la lettre HA en tibétain qui est retournée ça donne finalement un petit triangle, un triangle sans la base, deux traits tous petits quatre doigts sous le nombril.

Ensuite sous le chakra du front il y a la lettre HA en tibétain retournée à l’envers,

à l’extrémité de cette lettre HA il y a un Tiglé, une sphérule blanche, le feu commence à se visualiser au somment de ce triangle, quatre doigts sous le nombril et il se développe de plus en plus. Lorsque ce feu atteint cette lettre HA, le Tiglé placé au chakra du front commence à fondre, il ne diminue pas, il fond, un nectar s’écoule et les gouttes de nectar tombent sur le feu pour l’embraser encore plus le long du canal central. Ensuite si on s’est entrainé sur les souffles, il y a deux souffles qui vont servir, ils s’appellent le souffle de la vie et le souffle descendant. Le souffle qui soutient la vie on l’inspire par les deux narines. Il part, court les deux canaux droite et gauche et va venir alimenter ce feu. Et, il y a le souffle descendant qui sert accessoirement à la miction va être retenu ce qui permet au Tiglé de ne pas s’échapper, d’être contenu, maintenu.

Ensuite il y a la récitation vajra, la récitation inaltérable ça consiste en quoi ?

Par les trois lettres, la lettre OM blanche au front, la lettre AH rouge au nombril et alors on va inspirer un peu et expirer. Quand on expire le feu va du rouge au blanc, de bas en haut. Il va être expiré sous la forme de la syllabe HOUNG noire. La syllabe HOUNG est expirée vers l’extérieur sous forme de HOUNG noire ensuite, cette respiration vajra des trois syllabes OM AH HOUNG s’accompagne des cinq souffles majeurs, nous sommes mus par cinq souffles majeurs.

Les cinq souffles principaux sont :

  • Le souffle qui maintient la vie. Tant que la personne est en vie ce souffle est actif, il fait battre le cœur
  • Le souffle ascendant. Permet de parler de s’exprimer de mouvoir les membres supérieurs, d’expirer.
  • Le souffle descendant. Qui permet d’aller à la toilette.
  • Le souffle qui équilibre la chaleur du corps. Permet de digérer, la chaleur de la digestion, la chaleur égale qui maintient la chaleur.
  • Le souffle qui se répand partout. Permet de bouger les membres, les yeux, la bouche.

Ces cinq souffles doivent être médité, ça veut dire quoi méditer les cinq souffles ?
Ça veut dire faire la rétention du vase, retenir ces cinq souffles dans le vase.
Le travail du souffle qui se répand partout c’est de pouvoir se mouvoir, bouger les jambes, bouger la tête, bouger les yeux, cligner des yeux etc… c’est grâce à l’action de ce souffle que nous pouvons mouvoir ces différentes parties du corps. Nous pouvons en rester là parce qu’il y a beaucoup d’instruction il ne faut pas que cela devienne un bourrage de crâne.

Nous allons passer aux questions.

Q : le mantra c’est le mantra de VAJRAVARAHI ?

R : oui OM……………SOHA c’est le mantra de Dordje Pagmo

Q : Pour pratiquer Tummo il faut des conditions spéciales, faut il être en retraite ?

Non, pas de problème d’ailleurs la vraie condition bouddhiste dans l’Inde ancienne, les moines n’avaient pas besoin de se mettre en retraite, à l’époque du Bouddha et très longtemps après les moines n’étaient pas en retraite, ils allaient mendier leur nourriture toute la matinée, il fallait s’activer, aller dans les villages, mendier la nourriture et après ils méditaient. L ‘histoire des retraites s’est mis en place au tibet, les moines n’avaient pas besoin de se retirer pour obtenir de la nourriture, les gens apportaient la nourriture, vous pouviez rester au même endroit, ainsi il y avait cette tradition au tibet de se mettre en retraite, ce n’est pas du tout obligé. Une des caractéristiques de la doctrine bouddhique est l’idée de s’adapter à la situation, au moment, au temps, à la région, à la culture.

En Inde les gens donnaient à manger, les moines mendiaient leur nourriture chaque jour. Au Tibet la doctrine à du s’adapter et appliquer les habiles méthodes pour perdurer, les tibétains donnaient à manger mais pas tout le temps, ils donnaient une certaine quantité de nourriture et après c’est bon, ils donnent à manger pendant 3 semaines, un mois maximum, pendant cette période il faut pratiquer intensément, s’appliquer à la pratique avec acharnement parce qu’après il va falloir retourner au charbon, travailler, chercher à manger, voilà comment à commencer le principe des retraites de 2 semaines, un mois et plus. En Inde il n’y avait pas besoin de ça parce que les indiens donnaient continuellement. Il fallait profiter, on nous donne à manger pendant deux ou trois semaines après cela ne sera plus le cas, il faut pratiquer intensément pendant cette période. Voila le bon modèle qui peut s’appliquer. En Europe si nous ne travaillons pas, nous n’avons pas d’argent, nous ne pouvons rien faire, nous ne pouvons pas manger correctement, nous habiller correctement et habiter dans un endroit correct, nous devons nous adapter. La grande force, la grande souplesse c’est cette adaptabilité de la doctrine à l’endroit, au lieu, à la région, à la culture du pays.

Q : Rinpoché peut ‘il nous donner un exercice simple qui puisse favoriser notre méditation ? Une instruction qui puisse favoriser notre méditation et notre souffle.

Oui il y a des instructions qui vont être données. Il y a un petit groupe qui est en cours de se constituer. Ce sont des personnes de moins de cinquante ans et à ces personnes Rinpoché va donner des instructions spéciales pour favoriser la méditation, si vous êtes là, à Paris, effectivement il y aura des sessions spéciales pour ces personnes là et ils vont recevoir des instructions personnalisées pour pratiquer les souffles.

Tummo n’est pas recommandé pour les personnes plus âgées, si la personne s’est entrainée, elle a fait quelques exercices sur le souffle avant ces cinquante ans pas de problème. Si elle ne s’est jamais entrainée ce n’est pas conseillé, c’est un travail sur les souffles et les canaux, le souffle circule dans les canaux et donc c’est un travail très fort sur les canaux, les canaux ne vont pas tenir, ils vont se détériorer. Après cinquante ans les canaux n’ont plus assez de force. Le travail est assez intense, c’est physiologique, jusqu’à 25 ans les canaux se développent, se divisent chaque jour jusqu’à 25 ans nous montons en puissance, nous prenons de plus en plus de force, notre force physiologique à 25 ans est en plein développement des canaux c’est parfaitement mur.

Q : Si on est éveillé est ce que nous pouvons retomber et perdre l’éveil ?

Si on atteint l’éveil nous restons éveillés, nous ne retombons pas dans l’état ordinaire.
Pour la méditation, pour purifier les voiles c’est bien de réciter le mantra de cent syllabes, mantra de VAJRASATTVA. Ensuite cet exercice, cette respiration basée sur les trois syllabes OM AH HOUNG. Nous inspirons le son OM avec ce son OM toutes les bénédictions des Bouddhas, des Lamas, des êtres réalisés, l’influence spirituelle pénètre dans notre corps par les deux narines accompagnées du son OM, ensuite ce souffle de bénédiction de l’influence spirituelle des Bouddhas, des Bodhisattvas des trois directions descend jusqu’à notre nombril et se transforme en lettre AH. Ce souffle se transforme en lettre AH, le son AH c’est le son de la vacuité et ce AH est de la nature du feu et donc ce son AH, cette vacuité, cette nature du feu élimine toutes les distorsions cognitives, toutes les passions, toutes les émotions, élimine tout ce qui perturbe le corps et l’esprit et quant tout a été éliminé nous expirons le son HOUNG, ce que nous expirons c’est la poussière, la cendre, la fumée noire, une fois que tout a été nettoyé. C’est une respiration très importante pour purifier les fautes et les voiles, cela aide beaucoup pour les pratiques et c’est une pratique qui est tenue très importante par le Dzogchen, les dzogpachenpos ceux qui pratiquent le Dzogchen font beaucoup de cette respiration OM AH HOUNG basé sur les trois syllabes.

Ce n’est pas le son que nous inspirons, c’est la forme et la couleur de la lettre, nous ne prononçons pas ces lettres, nous ne prononçons pas les sons avec la voix, c’est un inspire que nous faisons par le nez, il n’y a pas de prononciation mais nous nous imaginons que nous inspirons les syllabes OM AH HOUNG accompagnées de leur couleur respective, blanc, rouge et noire sans son. Nous l’appelons la respiration VAJRA basé sur le souffle, nous pouvons faire des courtes sessions de cinq minutes puis nous faisons une pause. Il y a énormément de bénéfice pour le calme mental (Chiné) et cela donne de la force au corps, physiquement il y a un effet, c’est un travail de l’esprit et du souffle donc nous n’avons besoin de rien d’autre, nous pouvons le faire n’importe où, pas obligatoirement devant son autel, nous pouvons le faire pendant son travail, nous avons des pauses, nous utilisons ces pauses pour faire cette respiration, nous nous asseyons tranquillement et nous faisons cette respiration, à la bibliothèque, dans sa voiture à l’arrivée ou avant de partir nous prenons cinq minutes pour pratiquer, néanmoins si nous pratiquons avant de manger le matin c’est là qu’elle a le plus de force, elle est la plus opérante, la plus bénéfique.

Nous nous arrêtons là pour aujourd’hui.